L’ortie, notre mauvaise herbe bien aimée

  • 3 novembre 2021
  • Par Les Mauvaises Herbes

L’ortie, pour les non-initié·es, peut certes avoir les airs d’une plante indésirable: elle est envahissante au jardin, n’est pas particulièrement décorative, et si on la frôle de trop près, elle nous irrite avec son acide (rien de moins)! Cependant, pour les adeptes de la cueillette, les herboristes et les groupies de la flore en général, elle est en fait précieuse et irremplaçable, malgré ses petites imperfections!

ORTIE, QUI ES-TU?

Il s’agit d’une plante vivace aux feuilles dentelées qui mesure généralement 1 mètre de hauteur, bien qu’elle puisse atteindre 2 mètres de haut. Originaire d’Eurasie, on la retrouve maintenant dans pratiquement toutes les zones tempérées. Contrairement à Minus et Cortex, elle a réussi à conquérir le monde, elle! Elle peut servir d’aliment, d’ingrédient cosmétique, de plante médicinale et d’engrais pour amender le sol. Un peu plus et elle vient changer ton pneu crevé sur l’autoroute 15. Ce n’est pas pour rien que plusieurs herboristes la surnomment la reine des plantes!

On l’appelle aussi ortie dioïque, grande ortie ou ortie commune. Un autre de ses surnoms est « ortie piquante », avec raison. Elle pique quelque chose de rare! Pourquoi? Parce que ses feuilles et ses tiges sont recouvertes de minuscules poils qui sécrètent de l’acide formique et de l’histamine, deux substances qui provoquent des rougeurs et des démangeaisons lorsqu’on les touche. Ce moyen de défense empêche les herbivores de la grignoter, mais nous oblige à nous ganter jusqu’aux coudes avant de la cueillir! Certaines personnes semblent immunisées contre l’effet urticant de l’ortie alors que d’autres, moins chanceuses, sont couvertes de plaques rouges juste à la regarder (ou presque). En faisant tremper ou cuire les feuilles ou en les passant au mélangeur, on neutralise l’acide formique et l’histamine, ce qui nous permet de manipuler l’ortie et de la consommer sans problème. L’ortie séchée est beaucoup moins irritante que la fraîche; tu n’auras donc pas besoin de revêtir un scaphandre avant de te faire une tisane.

Conseil « cueillette »: Si tu utilises l’ortie fraîche, tu devras la cueillir dans des zones non-polluées (en bonne mauvaise herbe, elle aime bien pousser sur les sols contaminés) et avant la floraison ou tout de suite après (c’est le moment où ses feuilles sont le plus riches en principes actifs).

SOS brûlure d’ortie

Si jamais tu ressens des sensations de brûlure ou des démangeaisons après avoir touché un plan d’ortie, voici quoi faire!

  1. Rincer à l’eau froide la partie atteinte.
  2.  Utiliser un papier collant pour retirer les poils urticants qui pourraient encore être sur ta peau.
  3. Appliquer du plantain, soit sous forme de feuilles triturées (ou mâchouillées), d’infusion, de macérât huileux ou d’onguet.

Les huiles essentielles de lavande aspic ou de lavandin super sont vraiment super (ahah!) pour soulager l’inflammation! Tu peux les intégrer à ton onguent ou les diluer dans une huile végétale ou dans un macérât huileux avant de les appliquer sur la région affectée. Notre recette de vapo mentholé SOS pour les coups de soleil est tout indiquée pour calmer les piqûres d’ortie.

Une autre option est d’appliquer un cataplasme de poudre d’avoine mélangée à de l’eau (ou une infusion calmante, refroidie, de plantain, de calendula ou de camomille, par exemple) pour calmer la douleur.

LES 1001 USAGES DE L’ORTIE

1. L’ortie dans ta tasse… ortie qu’c’est bon!

L’ortie possède plusieurs propriétés thérapeutiques dont l’effet se fait sentir rapidement! En faire une tisane est probablement son utilisation la plus répandue.

Sa principale qualité est sa forte teneur en minéraux (fer, potassium, calcium, zinc, magnésium, manganèse, silice) qui tonifient tout l’organisme et pourraient même contribuer à prévenir l’anémie et la fatigue. Elle est légèrement diurétique et aide à prévenir les allergies saisonnières, à condition qu’on commence à la prendre quelques mois avant l’apparition desdites allergies.

Certain·es herboristes la qualifient de plante adaptogène, une catégorie de plantes qui soutiennent tout l’organisme dans les moments de stress ou d’adaptation, plus particulièrement le système nerveux et le système immunitaire, et aident à prévenir l’asthénie et l’épuisement. Le basilic sacré, le chaga, le reishi, la rhodiola et l’astragale sont aussi considérés comme des plantes adaptogènes.

L’ortie aide aussi en cas de règles difficiles et/ou très abondantes: sa richesse en fer aide à réapprovisionner nos réserves et son effet astringent agit sur les flux torrentiels.

Elle est aussi utile en cas de goutte, de rétention d’eau, d’infection urinaire et d’eczéma à cause de son pouvoir diurétique et dépuratif.

Bien qu’on en utilise plus souvent la feuille, la racine d’ortie aurait des vertus intéressantes pour soulager l’hyperplasie bénigne de la prostate.

L’ortie est l’une des rares plantes qui peuvent être consommées pendant la grossesse et l’allaitement, par les personnes très malades ou convalescentes, ou par les enfants (avec parcimonie). Les personnes atteintes d’hémochromatose devraient par contre l’éviter; l’ortie peut aussi interférer avec les médicaments antidiabétiques et antihypertenseurs.

Pour plus d’information sur l’utilisation médicinale de l’ortie en interne, réfère-toi à un.e herboriste thérapeute accrédité.e.

Infusion d’ortie

Pour toutes les plantes nutritives, plus l’infusion est longue et plus le liquide sera concentré en minéraux.

– 3 c. à soupe combles de feuilles d’ortie séchée

– 1 litre d’eau chaude

Laisser macérer toute la nuit. Filtrer et boire l’infusion froide le lendemain. On peut ajouter une petite shot de jus de citron et de sirop d’érable pour en faire une super limonade médicinale!

2. L’ortie dans ton assiette

Les amateurs de verdure peuvent cuisiner l’ortie fraîche de la même façon que les épinards! On peut l’intégrer dans un pesto, dans une soupe, dans des scones ou encore des muffins. Tu trouveras une panoplie de recettes alléchantes sur le web!

3. L’ortie dans tes cheveux

L’ortie, encore une fois grâce à sa richesse en minéraux, est un excellent tonique capillaire, c’est-à-dire qu’elle aide à stimuler la pousse des cheveux. On peut l’utiliser sous plusieurs formes:

– en poudre, qu’on peut glisser facilement dans nos recettes de shampooings ou de revitalisants solides,

– en vinaigre médicinal (macération d’ortie dans un vinaigre de cidre) qu’on vaporise sur les cheveux et le cuir chevelu (dans notre livre À fleur de pots, on te propose justement une recette de vinaigre revitalisant à base d’ortie et de prêle!) et

– en macérât huileux (macération dans une huile végétale) qu’on utilise comme masque capillaire ou qu’on intègre dans nos recettes de shampooings ou de revitalisants solides.

4. L’ortie sur ton body

À une autre époque, on soulageait les problèmes articulaires et musculaires comme l’arthrite ou les rhumatismes en se flagellant avec des tiges d’ortie. Oui, oui, tu as bien lu! Ça se fouettait à grand coup de tiges d’ortie urticante! Apparemment, même si ce « soin » était assez pénible pendant, c’est après qu’on en récoltait tous les bénéfices.

Tu n’es pas trop du genre flagellation? Nous non plus haha! Tu peux quand même bénéficier de l’effet anti-inflammatoire de l’ortie en fabriquant un macérât huileux pour masser les zones douloureuses, et ce sans avoir besoin de te faire aller la branche d’ortie. Tu peux aussi utiliser ta macération pour fabriquer un gel à massage, une huile à massage, ou l’intégrer dans notre recette d’onguent magique pour corps endolori ou notre baume SOS courbatures.

Le macérât d’ortie peut aussi être utilisé pour les soins du visage, et les peaux grasses l’apprécieront tout particulièrement.

5. L’ortie dans ton jardin

Tu connais peut-être déjà le purin d’ortie, un engrais azoté et fermenté à base d’ortie et d’eau de pluie. Difficile de trouver plus rustique pour nourrir ton jardin! On l’utilise pour amender la terre en début de culture et aussi pour éloigner les parasites.

Et puis, est-ce qu’on l’avait dit que l’ortie, ça fait tout? On espère que c’est le début de ta nouvelle histoire d’amour avec l’ortie, ou que nous avons ravivé la flamme d’une ancienne passion! Raconte-nous ça en commentaire!

Références

www.healthline.com/nutrition/stinging-nettle

www.mondeavie.ca/clef-des-champs-ortie-en-feuilles.html

www.agrireseau.net/agriculturebiologique/documents/guide-ortie.pdf

www.ledevoir.com/opinion/chroniques/413576/les-purins-stimulants-nutritifs-et-protecteurs

www.altheaprovence.com/ortie-urtica-dioica-urens/