Un champignon qui ressemble à une méduse. Qui pousse sur des branches mortes. Qu’on mange en soupe sucrée en Chine ET qu’on retrouve dans un sérum fait à Montréal. Hein? Oui, oui!
Laisse-nous te présenter cet ingrédient VRAIMENT intéressant.
Le point de départ : ses polysaccharides aiment l’eau, pis c’est ce qui en fait un ingrédient intéressant pour un sérum hydratant, comme celui qu’on vient de lancer avec de l’acide hyaluronique.
D’abord, c’est quoi, le Tremella?
Le Tremella (Tremella fuciformis pour les intimes) est un champignon comestible à la texture gélatineuse et translucide. Il a l’air d’une grosse glue, ou d’une genre de méduse étrange.
Il a plein de noms. En français : champignon des neiges, oreille d’argent, ou encore champignon de beauté. En anglais : snow mushroom, silver ear ou white jelly mushroom. En mandarin, yín’ěr, qui veut aussi dire « oreille d’argent ». Au Japon, c’est le shiro kikurage, littéralement la « méduse d’arbre blanche ». On n’est pas les premières à avoir pensé à la méduse!

Côté mycologie, c’est une drôle de bibitte. Il pousse sur les branches mortes de feuillus, surtout dans les régions tropicales et subtropicales. C'est un champignon dimorphique : il peut vivre sous deux formes. Il vit d’abord sous forme de levure qui ressemble à une sorte de pellicule visqueuse, jusqu’à ce qu’il croise un champignon hôte (un Annulohypoxylon, pour les curieux·ses). Il s’y installe, pis c’est à ce moment-là seulement qu’il forme sa « fleur » gélatineuse (sa deuxième forme). Il ne fait pas son champignon tout seul!
C’est d’ailleurs comme ça qu’on le cultive. En Chine, depuis au moins le 19e siècle, on fait pousser le Tremella ET son champignon hôte ensemble sur de la sciure de bois. Un duo obligatoire.
Qu’est-ce qu’on en faisait avant les sérums?
Le Tremella a une longue histoire en Chine. Pour sa première mention écrite, les sources ne s’entendent pas : certaines parlent du Shennong Bencao Jing, un des plus vieux classiques de la médecine chinoise (vers les premiers siècles de notre ère), d’autres de la dynastie Tang (618 à 907). On le retrouve aussi dans le Bencao Gangmu, le grand compendium de Li Shizhen, au 16e siècle.
En médecine chinoise, on le classe parmi les toniques du yin, des remèdes associés aux poumons et à l’estomac, avec cette idée d’humecter et de nourrir. Il avait aussi sa place à table, dans des soupes-desserts, souvent avec des jujubes et des longanes séchés. Il goûte presque rien : on le choisit pour sa texture. La légende veut même que Yang Guifei, concubine impériale sous les Tang et réputée pour sa beauté, en mangeait pour garder son teint.
Aujourd’hui, on le mange encore en Chine, et aussi au Vietnam, dans des desserts (les chè). Comme la culture l’a rendu moins cher, on s’en sert même dans quelques plats salés. On le retrouve aussi dans des produits de beauté de Chine, de Corée et du Japon.
Les polysaccharides, la vraie vedette
Quand on parle de Tremella en soins de la peau, on parle surtout de ses polysaccharides. C’est le mot fancy pour des longues chaînes de sucres. Chez le Tremella, elles sont faites de mannose, de xylose, d’acide glucuronique et de quelques autres sucres. L’acide glucuronique, en particulier, donne à ces chaînes une charge négative et une belle affinité pour l’eau.
L’acide hyaluronique, lui aussi, est une longue chaîne de sucres. C’est pour ça qu’on compare tout le temps les deux. Spoiler : on a un article là-dessus aussi.
Autre détail : deux extraits de Tremella peuvent être très différents l’un de l’autre. La souche, la culture, la façon d’extraire et de purifier : tout ça influence la taille et la structure des molécules. Une revue de 2021 note par exemple que les polysaccharides tirés du corps du champignon sont beaucoup plus gros que ceux obtenus par fermentation en cuve. Et une étude de 2026 rappelle qu’on ne peut pas présumer que tous les extraits commerciaux se valent. Pour notre part, on utilise un extrait de tremella standardisé, d'un fournisseur avec qui nous travaillons depuis longtemps (et en qui on a pleinement confiance!).
Cette histoire de taille de molécules, ça s’appelle le poids moléculaire. Retiens l’expression, parce qu'on en parle en détail dans notre article sur l'acide hyaluronique ici.
Comment le Tremella agit-il sur la peau?
L’hydratation de surface. C’est ce qu’on décrit le plus souvent. Les polysaccharides de Tremella retiennent l’eau et forment un film hydrophile sur la peau, ce qui pourrait aider à garder l’hydratation et à limiter la perte d’eau. Une étude de 2026 présente cette capacité comme la propriété cosmétique la mieux établie de l’ingrédient. On retrouve d’ailleurs l’extrait dans des produits de beauté de Chine, de Corée et du Japon.
Ce qu’on a observé en labo. Des chercheur·euses ont testé des polysaccharides de Tremella sur des cellules de peau humaine en culture (des fibroblastes). Quand on leur provoquait un stress oxydatif avec du peroxyde d’hydrogène, les cellules traitées d’avance avec le Tremella montraient moins de stress oxydatif et moins de mort cellulaire.
Il existe aussi de la recherche sur d’autres usages médicinaux du Tremella, surtout par voie orale. On n’en parlera pas ici toutefois, on va se concentrer sur la peau.
Et dans notre sérum, il fait quoi?
Notre point de départ : des sérums minimalistes. Peu d’ingrédients, mais des ingrédients actifs, choisis pour mériter leur place dans la formule. On les voit comme des boosters de routine, des ajouts à ce que tu fais déjà.
Notre nouveau sérum aqueux associe le Tremella à l’acide hyaluronique. Les deux ont une affinité pour l’eau, mais ce sont des molécules différentes. L’idée, c’est de réunir deux familles d’ingrédients hydrophiles dans un même soin, pour maximiser l'hydratation.
D’ailleurs, une étude publiée en 2026 a comparé un extrait commercial de Tremella à l’acide hyaluronique sur des fibroblastes humains en laboratoire. Les chercheurs ont observé des effets qui se chevauchent en partie, mais aussi des différences entre les deux ingrédients. Ça suggère qu’ils ne sont pas interchangeables. Est-ce que leur combinaison apporte un bénéfice supplémentaire sur la peau? L’étude ne permet pas de le conclure, mais c'est vraiment super intéressant!
Comment l’utiliser? Tu peux l’ajouter à ta routine existante, ou l’utiliser tel quel. Plusieurs de nos clientes appliquent un sérum aqueux, suivi d’un sérum huileux, pis c’est tout. Comme les sérums aqueux contiennent beaucoup d’eau, on recommande de les faire suivre d’un produit contenant une huile. Pour le reste de ta routine, on a une chronique là-dessus.
Prochaine étape : consulte notre article sur l’acide hyaluronique, pis pourquoi son poids moléculaire fait toute la différence.
Pour en savoir davantage
- Wolosik K. et al. (2026). Tremella fuciformis Extract Evokes Similar Effect as Hyaluronic Acid on Wound Healing but Through Different Mechanisms in Human Dermal Fibroblasts. Molecules, 31(13).
- Ma X. et al. (2021). A review on the production, structure, bioactivities and applications of Tremella polysaccharides. International Journal of Immunopathology and Pharmacology, 35.
- Mineroff J., Jagdeo J. (2023). The potential cutaneous benefits of Tremella fuciformis. Archives of Dermatological Research, 315(7).
- Shen T. et al. (2017). Tremella fuciformis polysaccharide suppresses hydrogen peroxide-triggered injury of human skin fibroblasts via upregulation of SIRT1. Molecular Medicine Reports, 16(2).
- Tremella fuciformis (Wikipédia, en anglais), pour la botanique, les noms et la culture du champignon.

