Une huile qu’on retrouve dans les shampoings, les crèmes, les sérums, les baumes… pis, au Maroc, dans l’assiette, tartinée sur du pain. Une huile qui a son propre arbre, son propre patrimoine culturel et ses propres légendes de chèvres perchées dans les branches.
L’huile d’argan est tellement connue qu’on finit par ne plus se demander ce qu’elle a de spécial. Alors on te la présente comme on la connaît : ce que la tradition et la science en disent, pis ce qu’on aime d’elle. Et comment elle se compare à notre huile d’abyssinie, qu’on aime beaucoup, elle aussi.

C’est quoi, l’huile d’argan?
L’huile d’argan vient des amandes cachées dans les noyaux des fruits de l’arganier (Argania spinosa). C’est un arbre endémique du sud-ouest du Maroc (endémique = qui pousse seulement à cet endroit), qui peut vivre environ 200 ans et qui résiste à la sécheresse et à des chaleurs extrêmes. Sa forêt, l’arganeraie, est une réserve de biosphère de l’UNESCO depuis 1998. Le nom argan vient du mot berbère pour désigner l’arbre.
Pour obtenir l’huile, il faut récolter les fruits, les faire sécher, enlever la pulpe, casser les noyaux, trier les amandes, les broyer, puis presser. C’est long. On y revient dans la section suivante.
Puis oui, pour les chèvres : elles grimpent bel et bien dans les arbres pour manger les fruits, et elles dispersent les graines en les recrachant. Par contre, plusieurs scènes de chèvres perchées qu’on voit dans les endroits touristiques sont mises en scène.

Un savoir transmis de génération en génération
Avant d’être un ingrédient de sérum, l’huile d’argan est surtout intimement lié à une culture, une histoire. En 2014, l’UNESCO a inscrit "l’argan, pratiques et savoir-faire liés à l’arganier" au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Ça couvre les méthodes traditionnelles d’extraction de l’huile, ses usages, la pharmacopée et la fabrication des outils.
Ce sont surtout des femmes berbères (amazighes) qui pratiquent ces méthodes, et plus rarement des hommes. Les gestes se transmettent par imitation, de mère en fille, dès le jeune âge. Les outils sont simples : des galets de rivière servent de marteau et d’enclume pour casser les noyaux.
On s’en sert pour cuisiner, pour des remèdes et pour des soins. L’huile s’offre en cadeau de mariage et se retrouve dans des plats de fête. L’amlou, par exemple, est une tartinade à base d’huile d’argan, d’amandes et d’arachides, parfois sucrée au miel. On retrouve même des mentions de l'argan dans des textes pharmacologiques arabes médiévaux.
Ce qu’il y a dedans
L’huile d’argan est faite à environ 80 % d’acides gras insaturés. Deux dominent : l’acide oléique (de 43 à 49 %, le même que dans l’huile d’olive) et l’acide linoléique (de 29 à 36 %). Le reste, ce sont surtout des acides gras saturés (palmitique et stéarique).
L’acide linoléique est particulièrement intéressant parce que c’est un acide gras dit « essentiel » : notre corps ne peut pas le fabriquer lui-même. La peau s’en sert pour construire des céramides, des lipides qui agissent comme un ciment entre les cellules de la couche du dessus et qui aident à retenir l’eau. Le céramide qui contient de l’acide linoléique est présent en plus petite quantité dans une peau sèche.
L’huile contient aussi, en petites quantités, de la vitamine E (surtout du gamma-tocophérol selon des analyses d’huiles marocaines, mais les proportions varient selon les sources), des polyphénols et des stérols. Parmi ces stérols, le schottenol et le spinasterol sont typiques de l’argan : ils servent même à vérifier qu’une huile est authentique.
Et l’huile d’abyssinie, alors?
Sur nos fiches, on appelle parfois l’huile d’abyssinie notre « argan canadien ». C’est une façon de dire qu’elle occupe la même place dans une routine : une huile légère, qu’on aime pour son toucher. Mais les deux ne sont pas faites pareil. On te raconte l’abyssinie en détail dans notre article sur l’huile d’abyssinie juste ici. Voici le résumé côte à côte.
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Huile d’argan |
Huile d’abyssinie |
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La plante |
Un arbre du sud-ouest du Maroc |
Une plante de la famille de la moutarde, originaire d’Éthiopie |
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Acide gras principal |
Oléique (de 43 à 49 %) |
Érucique (de 50 à 60 %) |
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Deuxième acide gras |
Linoléique (de 29 à 36 %) |
Oléique (autour de 17 à 23 %) |
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Petits plus documentés |
Vitamine E, polyphénols, stérols |
Moins documentés |
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Piste « portier VIP » |
L’acide oléique est étudié comme facilitateur de passage à travers la couche du dessus de la peau, y compris chez des humains |
L’acide érucique l’est aussi : une étude sur la peau de rat a observé qu’il favorise la distribution d’une autre molécule dans la peau |
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Usage ancestral documenté |
Oui : cuisine, remèdes et soins, patrimoine UNESCO |
Pas d’usage ancestral documenté pour la peau |
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Études sur la peau |
Quelques petites études cliniques |
Très peu de données cliniques, mais quelques études de laboratoire sur l’acide érucique |
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Chez nous |
Huile vierge bio, du Maroc, odeur naturelle forte |
Pressée à froid, du Canada, délicate odeur de hautes herbes |
Les deux ont leur place, et elles partagent la même piste du portier VIP. L’argan a pour elle une histoire longue, un savoir humain bien documenté et quelques études. L’abyssinie a un toucher léger et sec qu’on adore, un parcours historique moins long certes, mais elle pousse au Canada. Tu peux très bien avoir les deux sur ta tablette.
Comment l’utiliser, pis où on la met
Notre huile d’argan bio vient du Maroc, d’un fournisseur certifié biologique, et existe en 55 ml et en 125 ml. C’est une huile vierge : elle a une odeur naturelle forte, qu’on te prévient d’avance (certaines personnes l’adorent, d’autres moins).
Quelques idées : une ou deux gouttes dans ta paume, que tu appliques sur le visage encore humide après ta routine. Quelques gouttes dans ta crème pour la rendre plus enveloppante. Un peu sur les pointes des cheveux. Comme pour toute huile, commence petit, pis ajuste selon ce que ta peau aime.
Notre fiche la présente aussi comme une alternative à l’huile d’amande douce. Et si tu préfères un toucher plus sec et plus léger, il y a notre huile d’abyssinie.
Pour en savoir davantage
- UNESCO. Argan, practices and know-how concerning the argan tree. Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, 2014.
- Boucetta K.Q. et al. (2014). Skin hydration in postmenopausal women: argan oil benefit with oral and/or topical use. Menopause Review, 13(5).
- Boucetta K.Q. et al. (2015). The effect of dietary and/or cosmetic argan oil on postmenopausal skin elasticity. Clinical Interventions in Aging, 10, 339-349.
- Baumann L. Update on argan oil. Dermatology, article de synthèse sur la composition, les usages et les études.
- Exploring the Impact of Extraction Methods on the Nutritional and Sensory Profiles of Argan Oil from Mostaganem Kernels, pour les stérols et l’authenticité de l’huile.
- Argan (Wikipédia, en anglais), pour l’arbre, les chèvres et les usages traditionnels.
- Taguchi K. et al. (1999). Enhancement of Propylene Glycol Distribution in the Skin by High Purity cis-Unsaturated Fatty Acids with Different Alkyl Chain Lengths Having Different Double Bond Position. Biological and Pharmaceutical Bulletin, 22(4), 407-411.
- Naik A. et al. (1995). Mechanism of oleic acid-induced skin penetration enhancement in vivo in humans. Journal of Controlled Release, 37(3), 299-306.
